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Politique & Société

Forum > Politique & Société > La nature de la colonisation

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Ange ~

09/08 (12:23)

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(Issue d'une discussion que je trouve intéressante sur le minichat, entre des personnes qui pour certaines sont spécialiste du sujet)

Peut-on considérer que la situation actuelle en afrique est une forme de colonisation ? Autrement dit, suffit-il d'un pillage financier (capitaliste) pour qu'on puisse parler de colonisation, ou tout du moins de "forme de néo-colonisation" comme le dit darkmare ?

Quels sont, in fine, les liens entre le capitalisme et la colonisation ; et la colonisation a-t-elle besoin d'être formelle pour être actée ?

Et si non, quelles sont les différences tangibles entre une situation d'écrasement capitaliste et une situation de colonisation ?

Et d'un point de vue philosophique, y a-t-il réellement autodétermination des peuples dans une situation d'écrasement capitaliste ?


Merci aux participants. [j|]

___

~ lightmare ~
Was : Idunn, Trinidad, Limbes, Kévin ~.

Megalion

09/08 (13:10)

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Ange ~ a écrit :

> une situation d'écrasement capitaliste

Quoi? Il faut développer ce point, parce qu'au niveau capitalisation, les investissement se font essentiellement dans l'OCDE, que ce soit en chiffre absolu ou par habitant. La situation que j'ai pu voir là bas est au contraire une sous-capitalisation: les africains (sénégalais et maliens pour ce que je connais, je préfère cadrer) aisés préfèrent réaliser des investissement en Europe/USA plutôt que chez eux (sauf une partie immobilier très importante).

[ce message a été édité par Megalion le 09/08 à 13:18]

Onawa

09/08 (13:35)

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Khanat Elmérien

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Megalion a écrit :

> Ange ~ a écrit :
>
> > une situation d'écrasement capitaliste

J'ai du mal à comprendre ce terme également.

Admettons que l'Afrique soit en situation d'étranglement financier ! [:o]

Le FMI et la BM font payer à l'Afrique cinq fois plus d'intérêts financiers sur sa dette (tous pays confondus) qu'elle ne reçoit d'aides au développement sous forme de prêt. Cette forte dépendance autorise ces institutions à dicter aux pays endettés des réformes contre leur gré (privatisations, dévaluations etc..).

Un journaliste du Financial Times décrit également l'exploitation des ressources naturelles de l'Afrique par des multinationales.

L'article est court et ne précise pas vraiment le poids des sociétés étrangères dans l'économie africaine. A-t-on une idée de la proportion des ressources naturelles qui est exploitée ainsi par des multinationales ?

On pourrait décider de lier la colonisation et le néo-colonialisme au capitalisme, on voit bien dans les deux exemples plus haut que l'influence exercée est économique et financière. On peut aussi constater que dans l'Histoire, les invasions et exploitations de pays ne sont pas neuves et datent de l'antiquité (au moins). Dès lors, peut-on dire que le capitalisme exacerbe la cupidité de l'homme et le pousse à piller ses nations voisines ?

J'ai plutôt le sentiment que le capitalisme altère sur la forme la manière pour l'homme d'exploiter l'homme et de combler des besoins perpétuellement insatisfaits. Mais ça, c'est juste une caractéristique innée de l'être humain.


___

«ll y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l'argent public.»
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François Fillon

Raton du Destin

09/08 (18:46)

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Paradigme Vert

Domicile : Astrakran

Ange ~ a écrit :

C'est une situation interessante de voir que quand on pense colonisation au XXIem siècle on pense immédiatement a une sorte de neo-colonialisme inscrit dans le relation entre la france et ses ancienne colonies d'afrique, et la situation de dépendance dans laquelle elle les maintien au travers d'outils comme le franc cfa. Mais on ne parle jamais des pays qui ne sont pas d'anciennes colonies car elles sont toujours sous drapeau français, nos DOM TOM. Alors je vais quoter très dégueulassement Patrick Chamoiseau dans une discussion qu'il avait eu avec Edouard Glissant, le poète martiniquais.


Je considère que la décolonisation, dans les années soixante, a fait disparaître l’administration
coloniale mais non l’esprit colonial. Je considère que le fait que les intellectuels
français puissent accepter l’idée que, dans l’ombre de la France, on ait des peuples
assistés et irresponsables qu’on appelle DOM TOM est une aberration. Aujourd’hui
je pense que ce qu’on appelle DOM TOM a besoin de libérer toutes ces cultures,
toutes ces vitalités; toutes ces présences singulières au monde. C’est encore
l’esprit colonial que de penser qu’il faille absolument qu’une république soit une et
indivisible. On peut tout à fait envisager une République Française unie, on peut
envisager un pacte républicain dans lequel je pourrais m’associer en toute souveraineté.
Ce sont des modalités élémentaires et je ne comprends même pas qu’on ait encore besoin
de réclamer ces choses-là.

Alors pourquoi le mouvement indépendantiste n’a-t-il pas trouvé son
discours ? Je pense d’abord parce qu’il y a une pauvreté de la politique qui a
tout réduit à l’économie : l’idéologie capitaliste libérale a complètement infecté
l’économie. À l’opposé, j’ai été très content d’apprendre qu’une campagne
électorale s’était déroulée ici sous le signe de la beauté dans la ville. C’est
vraiment prendre le contre-pied d’une pauvreté d’imaginaire politique qui est
absolument incroyable. Les indépendantistes ne parviennent pas, dans leurs
discours, à articuler ces notions. D’abord, ils se réfèrent à une vieille notion
d’indépendance, « l’indépendance structure», alors que pour moi l’indépendance
c’est plus de relations avec le métro. Lorsque l’on regarde la situation qui est
faite à ces pays qu’on appelle DOM TOM, on constate que la Martinique, par
exemple, est coupée de la Caraïbe et des Amériques. Paradoxalement, ce qui
devait nous apporter la modernité nous coupe du monde. L’indépendantiste
veut restituer cette relation au monde. La France a tout à gagner à avoir des
partenariats dans les Amériques, dans l’Océan indien. Développer des systèmes
relationnels fait partie de l’esprit indépendantiste. La pauvreté économique du
discours politique rend la chose difficile à défendre du point de vue des canaux
politiques habituels. Le monde, en outre, est devenu extrêmement complexe.
Aujourd’hui, ce que nous avons à élaborer, ce sont des systèmes relationnels,
non des systèmes de rupture. Ce qui sous-entend existence préalable car on ne
peut entrer en relation que si on existe. Pour pouvoir entrer en relation avec
la République Française, la Caraïbe, les Amériques, nous avons besoin d’une
restitution de souveraineté. Pour moi, l’indépendance, c’est la maîtrise des
interdépendances qui nous sont nécessaires. C’est ce qui nous permettra de
nous débarrasser de manière définitive de l’esprit colonial.

Arnold Schwartzenprout

09/08 (22:18)

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Ange ~ a écrit :

Si l'on aborde le colonialisme uniquement sous l'angle de la pression capitaliste et le détournement légal des richesses d'un pays dans une relation non équitable, au risque de choquer, alors je me sens colonisé par la puissance maléfique de la finance.
Evidemment, comparé à l'Afrique, ce n'est pas le même niveau de misère et le déséquilibre de la relation est incomparable, tellement il atteint des proportions inhumaines, avec ses manipulations des populations, dressées les unes contre les autres, et qui aboutissent à des massacres selon les régions où la pression sur les ressources naturelles est la plus forte, mais le principe est le même : prendre possession des richesses du pays, les exporter, et laisser derrière soi les locaux livrés à leur propre sort.

___

Bug non reproductible. Pour la cinquième fois. [:=]
Intolérance zéro.
Le Benjamin Malaussène de KI. [:)]

darkmare

10/08 (13:43)

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Empire Brun

Domicile : Portail de l'Enfer

Onawa a écrit :
> J'ai plutôt le sentiment que le capitalisme altère sur la forme la manière pour l'homme d'exploiter l'homme et de combler des besoins perpétuellement insatisfaits. Mais ça, c'est juste une caractéristique innée de l'être humain.

Je suis désolée, mais je ne me reconnais pas dans cette universalité pour l'être humain...
L'homme exploitant l'homme pour combler des besoins perpétuellement insatisfait n'est pas une fatalité en soi...

Exprimer cela c'est déjà s'enfermer dans un mode de pensée où le matérialisme, les conquêtes, le pouvoir prime sur l'humain...

Il y a des sociétés humaines qui n'ont pas comme vocation de dominer le monde et d'en exploiter toutes les richesses jusqu'à épuisement et par là s'exterminer soi même... Car avec les moyens soi disant modernes c'est bien de cela qu'il s'agit...

Les peuples amazones ont su pendant des millénaires préserver la forêt éponyme... Aujourd'hui, ce qui s'appelle civilisation évoluée va l'anéantir en quelques décennies...

[ce message a été édité par darkmare le 10/08 à 13:44]

Onawa

10/08 (13:57)

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Khanat Elmérien

Domicile : Quasar

darkmare a écrit :

Parce que les peuples de l'Amazone n'ont jamais été en concurrence pour les ressources naturelles élémentaires (eau, nourriture), sinon qu'est ce que tu crois ? Qu'ils ont un gêne de la gentillesse ? [:x]

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«ll y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l'argent public.»
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François Fillon

Rex [:B] Ruthor

10/08 (14:30)

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darkmare a écrit :

Les peuples amazones ont su pendant des millénaires préserver la forêt éponyme... Aujourd'hui, ce qui s'appelle civilisation évoluée va l'anéantir en quelques décennies...


C'est pas qu'ils ont su la préserver, c'est juste qu'ils n'ont jamais eu de "révolution néolithique", et sont donc restés au stade de chasseurs-cueilleurs, tandis que le reste de l'humanité se sédentarisait et développait des moyens de plus en plus efficients d'obtention de la nourriture, leur permettant de se consacrer à d'autres activités.

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"Souffre d'inertie mentale" - Nørd Ike, 07/08/2017

darkmare

10/08 (14:43)

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Empire Brun

Domicile : Portail de l'Enfer

Onawa a écrit :

> darkmare a écrit :
>
> Parce que les peuples de l'Amazone n'ont jamais été en concurrence pour les ressources
> naturelles élémentaires (eau, nourriture), sinon qu'est ce que tu crois ? Qu'ils ont un gêne
> de la gentillesse ? [:x]


Quand les hommes travaillent et collaborent ensemble pour faire fructifier la terre et que chacun se répartit les fruits récoltés équitablement, cela donne de la prospérité et du bonheur...
Quand on veut s'accaparer toutes les richesses en exploitant de la main d'oeuvre, créer des pénuries pour revendre à prix d'or, oui, c'est la guerre et l'autodestruction assurée à long ou moyen terme...

Moi tout ce que je sais, c'est qu'en Amazonie, des peuplades ont collaboré pour exploiter une région il est vrai déjà gâté par mère nature...
Cela passait par la technique de la terra preta, quelque chose que l'on commence à peine à redécouvrir, une connaissance très poussée de la faune et de la flore avec une pharmacopée exceptionnelle dont on redécouvre à peine quelques procédés...

Et j'ai de bonnes raisons de croire que ces gens respectaient la nature et travaillaient en bonne intelligence...
Preuve en est que quand l'Europe avait anéanti tout son écosystème forestier au point de replanter artificiellement des forêts pour sa soif inouïe de commerce triangulaire, l'Amazonie était encore intacte... La civilisation des peuplades amazones l'avait préservé jusque là...

De part la moitié de mon sang qui est Tupi-guarani (je n'aime pas le mot amérindienne, car je ne suis ni amère, ni indienne --> si vos explorateurs avaient des problèmes de géographie, je ne vais pas changer mon nom pour ça), je connais un proverbe Wayampi qui dit que quand on veut faire sortir l'or de la terre, elle pourrit!

C'est d'une lucidité qui montre l'état de sagesse très avancé de certaines civilisation pré colombienne...

Rex [:B] Ruthor a écrit :
> C'est pas qu'ils ont su la préserver, c'est juste qu'ils n'ont jamais eu de "révolution néolithique", et sont donc restés au stade de chasseurs-cueilleurs.

Mais quelle condescendance et quelle ignorance... Tu es bien un européen imbu de sa culture et de la domination de son modèle sociétal sur la planète entière...
Sache qu'on a découvert au Pantanal que la forêt poussait sur des dunes. Or la seule chose capable de former des dunes en terre ferme, c'est un désert... Je reste persuadée que les anciens savaient que les arbres étaient capable d'engendrer leur propre pluie et d'engendrer un cycle environnemental vertueux, chose que la civilisation moderne est à l'heure actuelle absolument incapable de faire... Et pourtant il n'y a que ça qui pourrait la sauver du désastre...

Quant aux chasseurs cueilleurs, les mal nommés amérindiens avec le système de la Terra Preta sont peut être les premiers pratiquants de l'Agriculture Biologique à haut rendement... Oui, ils savaient pratiquer l'agriculture raisonnée bien avant que certains européens commencent à peine à retrouver leur raison... avant qu'il ne soit trop tard...

[ce message a été édité par darkmare le 10/08 à 15:03]

Onawa

10/08 (15:22)

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Khanat Elmérien

Domicile : Quasar

darkmare a écrit :
" Je reste persuadée que les anciens
> savaient que les arbres étaient capable d'engendrer leur propre pluie et d'engendrer un cycle
> environnemental vertueux, chose que la civilisation moderne est à l'heure actuelle absolument
> incapable de faire..."

La révolution néolithique c'est la transition de tribus et communautés de chasseurs-cueilleurs vers l'agriculture et la sédentarisation, point. Rex ne dit pas que les tribus amazones sont connes, inférieures ou je ne sais quoi. Il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur non plus sur ce mode de vie, c'est juste un fait.

Les conditions climatiques Européennes ont favorisé le développement technologique, qui a favorisé la croissance des populations, et à terme la pression démographique. A l'aube de la découverte des Amériques, l'Europe est surpeuplée au regard de ses capacités alimentaires (productivité encore faible en comparaison de la période de l'industrialisation).

On peut juger le comportement des Européens dans l'absolu, mesurer les conséquences de ses décisions sur les autres peuples, dénoncer le meurtre de masse, l'exploitation, la perpétuelle insatisfaction etc...

Mais ne va pas imaginer qu'à moyens égaux, des hommes se comportent différemment. Il suffit de remonter légèrement vers la mésoamérique pour remarquer que de ce côté là non plus c'était pas très jobard niveau vilenie et exploitation.


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«ll y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l'argent public.»
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François Fillon

[ce message a été édité par Onawa le 10/08 à 17:38]

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