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Forum > Politique & Société > [Article] La préférence nationale dans l'emploi ou la "promotion de l'immigration pro."

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le bon sens

10/09/13 (11:02)

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Deux ans après la Circulaire Guéant
La préférence nationale est une thématique extrêmement intéressante lorsqu'on veut comprendre dans quelle mesure le flou entourant les "idées d'extrême-droite" est plus important qu'on ne le croit. La majeure partie de la population avait découvert en 2011, lors du scandale de la Circulaire Guéant, que la France pouvait restreindre l'accès à l'emploi des étrangers. Le plus drôle avait été que tout le monde s'était réveillé parce qu'il s'agissait d'ingénieurs, de "grands écoliers", etc.

Pour en avoir connu personnellement à l'époque, certains étudiants étrangers en grande école étaient outrés, face à l'horreur xénophobe de ce gouvernement. Hollande et d'autres avaient promis l'abrogation de cette circulaire ; ce fut le cas, et tout le monde est content. Plus personne ne parle de cette honte dans les médias nationaux et les anciens pétitionnaires peuvent se trouver d'autres sources d'indignations. Article Libération de l'époque, pour vous rappeler le bon temps, où l'on pouvait écouter de futurs managers, traders, ingénieurs travaillant à l'échelle internationale s'indigner des positions françaises.

Et après ? Après, plus rien. Le système est toujours en place.
Namého, Hollande est élu, la Gauche est au pouvoir, les Méchants UMP sont virés, c'est sûrement qu'on accueille les étrangers à bras ouverts, nope ?
Ben non.

La Circulaire Guéant n'était que l'une des étapes dont la toute récente tradition des lois et circulaires portant sur l'immigration professionnelle. Je ne m'y connais pas suffisamment en histoire juridique, mais je trouve les sources de tout cela en 1984 (COÏNCIDENCE ?). Environ un an avant que le Front National s'amuse à coller une expression sur une pratique déjà institutionnalisée.

Mais encore aujourd'hui, la préférence nationale en terme d'emploi existe. On appelle cela la promotion de l'immigration professionnelle. C'est assez novlanguesque, parce qu'il ne s'agit aucunement de promouvoir l'immigration pro., mais plutôt d'en faire une exception. Ce que Guéant avait fait, c'était de restreindre la liste des emplois pour lesquels les entreprises n'ont pas à justifier d'avoir déjà cherché à recruter des Français ou citoyens de l'UE (qui peuvent bosser où ils veulent dans l'espace Schengen).

Personne ne gueule ? Pas à l'échelle nationale en tout cas. Et c'est normal : cela ne concerne pas les classes sociales les plus aisées, les fils de bourgeois ou les futurs CSP++. C'est beaucoup plus difficile de l'ouvrir à ce sujet lorsqu'on est pas étudiant de grande école ou dans une fac parisienne cotée. Et ces étrangers qui pleuraient sur le rejet d'une France pervertie par les idées frontistes/guéantistes affichent aujourd'hui autant de solidarité avec leurs compatriotes des basses classes que... disons... allez, les mêmes grands écoliers français ordinaires pour le beauf et le prolo français. Donc plus rien ne remue.

Des enseignements ?
Pas des masses. Les médias connaissent une indignation proportionnelle à la proximité sociale des journaleux/de leurs commanditaires et des "victimes" d'une politique, par exemple. Mais ça, tout le monde le savait. L'indignation temporaire pour une bande de petits bourgeois qui ont autant de solidarité pour leurs compatriotes que n'importe quel membre de la bourgeoisie pour les prolos, ça aussi ne surprend pas trop, hein ?

Au final, il y a cette drôle d'antériorité. La "préférence nationale" s'opérait déjà avant que le mot ne fusse inventé par le Front National. Et c'était sous le gouvernement Fabius que la circulaire de 1984 fut diffusée. A l'heure actuelle, personne n'irait remettre en cause cette "politique de promotion de l'immigration professionnelle" (en tout cas, pas le gouvernement en place) mais beaucoup iraient condamner les "idées frontistes" portant sur la "préférence nationale".

L'UMP a voulu renforcer ce système (Circulaire Guéant).
Le PS laisse tel quel depuis son arrivée au pouvoir (abrogation de la Circulaire mais aucun assouplissement supplémentaire).
Le Front National veut pousser la logique jusqu'au bout.
Quant au Front de Gauche, dans son dernier programme, il condamne la Circulaire Guéant pour des raisons tant humaines que "d'attractivité" (et raisons économiques/sociales) sans remettre explicitement en cause ce système.

Mon opinion
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Dans quelle mesure la "promotion de l'immigration professionnelle" est une forme de préférence nationale ?
Êtes-vous pour ou contre ce système ? Des évolutions possibles, à proposer ?

___

Le peuple n'a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise. Le peuple veut exercer le pouvoir. La liberté ! Que voulez-vous qu'il en fasse ?
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[ce message a été édité par le bon sens le 10/09 à 11:13]
Slobod

02/10 (09:13)

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Freemarket. borderless et borderline.

Gizz

02/10 (10:00)

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Perso je pense que si un mec a abandonné sa famille, sa maison, toute sa vie, parcouru plusieurs milliers de km dans des conditions horribles pour venir bosser chez moi, c'est qu'il est plus motivé que la grande majorité des gens qui sont né ici.

En dehors de ça, je pense qu'en France l'image globale qu'on à des étrangers, c'est des fainéants qui profitent de nos aides sociales sans bosser, et plus trop celle de "ils nous volent notre travail", donc c'est plutôt con de mettre des bâtons dans les roues à ceux qui veulent bosser...

Rex

08/10 (18:56)

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Gizz a écrit :

Perso je pense que si un mec a abandonné sa famille, sa maison, toute sa vie, parcouru plusieurs milliers de km dans des conditions horribles pour venir bosser chez moi, c'est qu'il est plus motivé que la grande majorité des gens qui sont né ici.


Je suis pas sûr qu'il ait parcouru des milliers de km, comme tu dis, spécifiquement pour "venir bosser chez toi", et la généralisation des immigrés plus motivés que les Français n'est à mon avis que cela, une généralisation.

En dehors de ça, je pense qu'en France l'image globale qu'on à des étrangers, c'est des fainéants qui profitent de nos aides sociales sans bosser, et plus trop celle de "ils nous volent notre travail", donc c'est plutôt con de mettre des bâtons dans les roues à ceux qui veulent bosser...


Pour les étrangers faiblement qualifiés et venant de pays pauvres, c'est les deux à la fois. Tu ne vois pas nécessairement l'aspect "ils nous volent notre travail", parce que cet aspect touche principalement les métiers de pauvres, mais disons qu'immigration + contournement du code du travail, ça résulte en des pans entiers de l'économie dont les travailleurs français se retrouvent exclus, d'où ensuite des mecs comme Djordje Kuzmanovic qui font du FN à la FI. D'ailleurs, il n'y a même pas besoin que l'étranger soit en France, l'outsourcing ça marche aussi très bien pour "voler le travail des Français".

Mais oui, perso j'ai plein de collaborateurs d'Afrique subsaharienne et du Nord et ils sont très bien acceptés, mais c'est parce qu'il n'y a aucune concurrence entre eux et nous. On a tous nos CDI, on est tous aussi bien payés, et il n'y a clairement aucun dumping dans leur embauche.

[ce message a été édité par Rex le 08/10 à 19:03]

Nain Satiable

09/10 (21:31)

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Comte Ruthvenville

Royaume de Ruthvénie

Domicile : Ruthvenville

Je rajouterais que les chocs culturels jouent de façon non négligeable dans le problème mentionné. Les conventions dans une société, bien que relatives, semblent être le ciment des dites sociétés. Toute personne ne respectant pas ces conventions, ces codes, est automatiquement exclue.
Je partage également le point de vue de Rex sur les métiers peu qualifiés.

___

"Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie."

[ce message a été édité par Nain Satiable le 09/10 à 21:32]

Arnold Schwartzenprout

17/10 (23:54)

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nombre messages : 6984

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Pour répondre à la question, je ferai un regard croisé.
D’abord en tant que potentiels immigrés, nous pouvons tous nous retrouver dans cette situation de s’expatrier et de faire face à cette forme de protectionnisme quand ce n’est pas du racisme. Par exemple, en Suisse, les campagnes anti-français, ces frontaliers qui viennent prendre le boulot des Suisses, existent bel et bien. Pourtant, ces frontaliers n’occupent pas seulement des boulots qualifiés que les Suisses n’arrivent pas à pourvoir, mais également des boulots non qualifiés que les Suisses ne veulent plus faire. Il en va de même en France. Qui est prêt ici à faire des boulots pénibles et mal payés comme le maraîchage pour ne prendre que cet exemple ? Les postes existent, mais la main d’oeuvre fait défaut.

Ensuite, voilà un autre regard, celui de l’employeur. Pourquoi embaucher un étranger avec lequel il y aura la barrière de la langue et éventuellement de la culture (encore que la différence de culture concerne plus la vie en société que la vie en entreprise), si je dispose d’une main d’oeuvre autochtone ? La législation sur le travail est la même pour tous, si le but est d’exploiter cette main d’oeuvre étrangère de façon illégale alors le patron tombe sous le coup de la loi. On ne peut pas baser un raisonnement sur des pratiques illégales.

En conclusion, mon avis est que la préférence nationale est juste une posture politique, visant à jouer sur un créneau au racisme sous-jacent, mais en pratique n’a pas lieu d’etre. C’est une nouvelle fois une perturbation politique dans un équilibre naturel que constitue la notion d’offre et de demande, le tout dans un cadre réglementaire appelé législation du travail.

___

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Intolérance zéro.
Le Benjamin Malaussène de KI. [:)]

[ce message a été édité par Arnold Schwartzenprout le 18/10 à 00:01]

Nain Satiable

18/10 (21:48)

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Comte Ruthvenville

Royaume de Ruthvénie

Domicile : Ruthvenville

Arnold Schwartzenprout a écrit :

Tiens donc, Arnold qui loue le principe libéral d'offre et de demande, on aura tout vu.
Même si, en effet, le racisme dans les affaires, c'est tout sauf pragmatique au sens libéral du terme. On en revient à une allocation non optimale des ressources, ici humaines.

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"Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie."

Arnold Schwartzenprout

18/10 (22:47)

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Je ne loue rien du tout, je fais un constat simple. Et puis surtout, je ne suis pas dans la vision manichéenne « pour ou contre le libéralisme ». Un défaut très politique et très loin du pragmatisme nécessaire ....

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Le Benjamin Malaussène de KI. [:)]

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