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Marquise de Saudade

21/03/15 (02:12)

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Citoyenne

Kraland

Domicile : Gynerak

Potentiel Révolutionnaire : n. m. Niveau d'oppression d'une population que l'on est prêt à accepter dès lors que cela garantit une plus grande adhésion à nos principes de la part de celle-ci.


Alors voilà. Une fois de plus c'est un sujet qui a émergé quasiment naturellement au cours d'un débat passionné que j'ai fait, sciemment, dériver sur les travailleu(r/se)s du sexe et la normalisation de leur activité qui permettrait de les sécuriser plus avant : où se situe la limite dans nos luttes et pourquoi sommes nous prêt(e)s à sacrifier le bien être (mental, physique) de certain(e)s sur l'autel sacré des luttes et des objectifs finaux (dans le cas de la prostitution, c'est souvent la lutte contte l'oppression capitaliste qui est invoquée).

S'il est un fait incontestable, c'est qu'il y a de nombreuses inégalités dont notre société s'accomode sans trop de problème de nos jours : inégalités dues à l'ethnie perçue (aka la race), inégalité dues à la classe, inégalités dues au genre (et à l'identité de genre), inégalités dues à la légalité du travail effectué. Ainsi, à type de travails égaux, le travailleur sans papier bossant au noir sera dans une situation plus précaire que l'ouvrier français bossant à la chaine. Il me paraitrait étrange de refuser au travailleur immigré des papiers au prétexte que cela le soumettrait au capitalisme en lieu et place d'une situation où il est sans droit (à l'assurance maladie, chomage, aux cotisations retraites ou à la sécurité de l'emploi), potentiellement cible du harcèlement policier, etc.

Derrière la définition un poil trollesque proposée en ouverture se pose un constat plutôt lugubre : une partie de la gauche radicale est prête à sacrifier des pans entiers de la population (prostitué(e)s, lgbts, etc.) au nom de luttes qu'elle considère comme fondamentales. L'amélioration "marginale" des conditions d'existence d'une minorité oppressée en devient inacceptable en tant qu'elle serait démobilisatrice et, de fait, un obstacle au but ultime d'une société sans classe, sans structure oppressive, etc. Ainsi la libéralisation du mariage aux couples de même sexe est analysée a posteriori comme une manière de démobiliser les LG et B prompts à abandonner les Ts dès lors que leurs revendications sont intégrées dans la société.

C'est une prise de position avec laquelle j'ai beaucoup de mal. Sans me voiler la face au sujet des « acquis sociaux » (cf. citation en fin de message), je ne peux m'empêcher de me réjouir de toute avancée : tout d'abord c'est en gagnant que l'on met du baume au cœur de ceux qui se battent et ensuite si la meilleure stratégie pour conserver des alliés est de faire en sorte qu'ils soient misérables alors que valent nos combats, les projets de société que nous proposons ?

L’enjeu est de taille car une véritable chape de plomb doctrinale se constitue, prenant notamment appui sur des slogans tels que « nos luttes ont construit nos droits ». Or, ces droits n’ont pas été « conquis de haute lutte » ; ils formalisent un rapport de force à un moment précis (souvent la fin d’une lutte) entre deux positions aux intérêts antagoniques. On fait du droit tel qu’il est le but des luttes sociales passées et non leurs limites mises en forme par l’État et le Capital. Cette illusion rétrospective établit que la somme des victoires de la lutte des classes n’est pas autre chose que l’édification lente, laborieuse et linéaire de codes juridiques. Certes des protections, des garanties ont été mises en place à l’issue de ces luttes, mais il s’agit d’avantages restreints et d’aménagements de l’exploitation. Et cela s’est fait au prix du désarmement de l’offensive et reste bien en deçà de ce qui s’y jouait : l’élaboration de solidarités de classe, de pratiques collectives et de contenus subversifs et révolutionnaires.
Les luttes, concrètement, n’ont pas pour objet des droits. Si la Bastille a été prise, ce n’était pas pour obtenir le droit de vote mais parce que c’était un dépôt d’armes. De même, si les mal logés sont en lutte, c’est avant tout pour avoir un logement. La revendication du « droit au logement » est toujours le fait des associations et des partis qui viennent se poser comme seuls médiateurs crédibles et font carrière en négociant par-dessus la tête des collectifs.
Cette position qui réduit tout à la défense du droit empêche donc la ré-appropriation de formes de luttes qui n’ont jamais été inscrites dans le droit mais qui ont toujours appartenu aux mouvements comme la grève sauvage, les auto-réductions, les ré-appropriations collectives ou le sabotage. Nous laissons aux adorateurs du code du travail le choix d’inscrire dans les textes juridiques le droit au refus du travail, à la grève sauvage, à la destruction de machines, au sabotage, à la bastonnade des petits chefs, à l’incendie des usines et à la défenestration des patrons.
Voir dans le droit la finalité de toutes les luttes passées et présentes, empêche tout renversement de perspective qui viserait la critique de l’État, de la démocratie et de la propriété privée, non pour les réformer ou les fuir dans un prétendu « en-dehors » mais pour les abolir. S’affirmer solidaires d’actes dénoncés comme irresponsables alors qu’ils ont toujours été des outils de la lutte de classes, réaffirmer par là leur contenu politique et leur appartenance à la conflictualité de classe va dans le sens de ce renversement de perspective. (source)


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Foutons le feu

[ce message a été édité par Marquise de Saudade le 22/05 à 00:12]

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