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Politique & Société

Forum > Politique & Société > La société Francaise est-elle en phase de droitisation ? ( Scindé de l'incendie de NDP)

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Rex

28/04 (22:35)

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Void Quit a écrit :

Mais d'une c'est extrêmement difficile à évaluer et le calcul de cette variance expliquée coute probablement plus cher que ce qu'elle rapporte.
Et de deux, ça reste une externalité le bien être des salariés.
C'est pour éviter une mauvaise image comme FT avec ses cadres suicidés, ou pour éviter des procès aux Prud'.


Tout dépend du contexte économique, de l'industrie et du positionnement de l'entreprise. Généraliser sur les raisons qui amènent les entreprises à se soucier du bien-être de leurs employés est audacieux, et les causes que tu donnes ne sont que quelques unes parmi de nombreuses possibles.
Tu parles d'externalité, mais là aussi, c'est contextuel.
Pour Amazon, par exemple, effectivement, le bien-être des employés des entrepôts n'est clairement pas la préoccupation centrale, et est uniquement un sujet de gestion des risques réputationnels, opérationnels et juridiques (même si la gestion de ces risques peut devenir stratégique en fonction du contexte, et le bien-être n'est alors plus une externalité).
Pour Google ou McKinsey, le bien-être des employés est une préoccupation essentielle et une condition sine qua non de leur profitabilité. Si les employés de ces entreprises sont malheureux, 1/ les revenus s'effondrent à moyen terme, 2/ les coûts grimpent exponentiellement à court terme, et tout ceci est facilement quantifiable. Je prends des exemples un peu extrêmes pour illustrer rapidement mon argument, mais je développerai plus si j'ai le temps.

[ce message a été édité par Rex le 28/04 à 22:48]

Void Quit

28/04 (22:47)

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Rex a écrit :

Je suis entièrement d'accord avec toi.
Mais même dans le cas extrême de Google que tu cites à juste titre, le bien être est considéré comme important car s'inscrivant dans la création de richesse et de profits. Parce que c'est un moyen de générer de la valeur, pas parce que c'est une fin en soi.
Une organisation n'a pas pour objectif premier d'embaucher.
Et même Google n'a pas pour objectif premier le bien être de ses employés. Le bien être au travail et le fait de vivre à son travail s'inscrit dans une démarche d'une double optimisation de la productivité (qualitative et quantitative).

L'emploi reste une externalité et le bien être un moyen de générer du profit. De façon plus ou moins cynique / négligée selon où le curseur se place entre Amazon et Google.

___

Adversaire des mangeurs de glace.

Emile Loir

29/04 (00:18)

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Void Quit a écrit :



Quand les tenants de l'économie classique te disent "La croissance c'est bien il faut de la croissance" tu ne vas pas leur dire "Donne une source fdp".

Ah non mais moi je répondais spécifiquement à Arnold hein.
Je pense comme toi, en l'occurrence.

Rex

29/04 (01:14)

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Je suis d'accord que le but (principal) de l'entreprise est le profit et que l'emploi et l'éventuel bien-être des employés ne sont qu'un moyen, et non un but (même si, en fonction du modèle de détention capotalistitique, je pense que d'autres but secondaires modérateurs du premier sont possibles, type RSE). Je ne pense pas en revanche que l'emploi et le bien-être soient des externalités, ou alors nous ne comprenons pas le terme de la même manière. Dans les deux cas, l'emploi et le bien-être éventuel sont en effet la contrepartie de l'apport de valeur attendue par l'employeur de son employé. Mais bon, c'est un point de détail qui me semble relativement trivial.

En revanche, je ne pense pas non plus que l'intérêt de l'employeur soit systématiquement cynique lorsqu'il s'intéresse au bien-être. Conçu comme simple élément de gestion des risques (type je suis sympa avec toi pour que tu ne sabotes pas l'entreprise), pourquoi pas, mais le bien-être accordé est alors (je pense) très superficiel, et n'obtient pas nécessairement les résultats attendus.
Pour que les employés soient motivés, productifs, intéressés dans la réussite de l'entreprise, et ne cherchent pas à se barrer à la première occasion, il faut faire un peu plus que leur donner un bonbon tous les ans. Après, ça marche mieux quand employés et employeurs appartiennent à la même classe sociale, et que les seconds ne voient pas les premiers uniquement comme un morceau de muscles pour lequel l'usage du cerveau est un défaut.

Dans tous les cas, profits de l'entreprise et bien être des employés ne sont pas incompatibles. C'est moins vrai lorsque l'entreprise est côtée en bourse, que le contexte économique est médiocre et que les logiques deviennent extrêmement court-termistes. Mais pour la PME d'Arnold, une fois qu'il s'est assuré de la rentabilité de la boîte et que les créanciers ont été payés, c'est lui qui décide si le ou les actionnaires doivent se gaver ou pas au dépens des employés.

[ce message a été édité par Rex le 29/04 à 08:16]

Arnold Schwartzenprout

30/04 (14:46)

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nombre messages : 7188

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Void Quit a écrit :

Ok, alors admettons qu'il y ait un malentendu entre ce que tu voulais exprimer et ce que j'en ai compris, et que tu ne faisais donc que de parler d'un cadre théorique sans chercher à le généraliser, ce qui me va (et comme ça on continue à discuter).

Ce cadre théorique qui veut que la sous-optimisation est absurde, n'est en rien une fatalité ou une loi "biblique". Certaines entreprises de taille conséquente ont aussi compris l'intérêt d'avoir des salariés avantagés par des conditions de travail supérieures à la moyenne, sans même parler de l'aspect rémunération, avec par exemple, des espaces détente, des salles de sport, etc.
Alors on peut toujours discuter du but recherché, assiduité, meilleures performances, avantage sur les entreprises concurrentes, ou simplement investir dans du confort sans arrière pensée, peu importe, le fait est que l'on peu difficilement dire qu'on est dans l'optimisation, à moins d'avoir des chiffres d'un gain de productivité supérieurs à ceux de l'investissement.
Personnellement, je préfère investir des bénéfices dans du confort des salariés (salaire principalement) que de les voir imposés par l'Etat, avec une redistribution discutable. Dans une SAS que je dirige, il y a une soixante d'apporteurs d'affaire : le conseil d'administration a défini que la SAS n'avait pas à gagner de l'argent, qu'une fois les charges de fonctionnement payées, les bénéfices devaient être redistribués aux apporteurs d'affaire. Ce que je veux dire par là c'est que l'optimisation, on en a rien à carrer. Le cadre théorique qui veut qu'on soit les plus rentables possibles ne nous intéresse pas. Et ce fonctionnement là n'est pas marginal, il y en a dans toute la France, sous des formes juridiques diverses et variées qu'on appelle "Point de Vente Collectif".

Bien sur, en terme de poids économique, c'est que dalle, et alors ? Il y a un moment où il faut proposer des alternatives aux modèles prédominants, sinon ça s'appelle renoncer. Et il faut espérer que ça donne des idées, que ça stimule les consciences.

De toute façon, l'argent va forcément quelque part, il ne disparait pas. Libre à chacun de l'envoyer là où il le veut, même à petite échelle, celle du consommateur, qui va choisir d'aller faire ses courses dans un magasin de producteurs plutôt que dans la grande distribution. La concentration entre quelques mains n'est qu'une option.
Quant à la croissance, on s'en cogne complet ! C'est l'Etat qui a besoin de croissance, nous on s'en tape, du moment où on a payé tout le monde, on ne va chercher à faire forcément plus, parce qu'il est écrit dans un manuel du bon optimisateur que l'on doit être en constante progression lorsqu'on croise ses historiques.


Après, ça pose d'autres questions : est-ce que la notion d'optimisation est biaisée (on peut optimiser sa qualité de vie plutôt que la quête du profit qui n'est qu'une promesse d'amélioration de son quotidien) ? Est-ce que cette optimisation est innée ou induite par l'éducation, notamment dès l'école avec le système scolaire qui pousse, ou en tout cas a poussé à être le meilleur ?
Et là encore, ça pose une autre question : est-ce qu'il faut nécessairement une compétition, et donc une optimisation, pour progresser ? Ou posée autrement, ça donnerait "est-ce sans compétition nous en serions à notre niveau de connaissance, scientifique, économique, etc" ?

En résumé, le point de vue "sous-optimisation = absurdité", c'est une vision biaisée. Peu importe qu'elle soit prédominante macroéconomiquement, ce qui compte c'est de le voir pour soi, pas de coller à un modèle corrompu. D'autres facteurs que l'argent entrent en compte, à commencer par la qualité de vie et être en phase avec ses convictions. Si personne ne donne l'exemple, si à la fin il ne reste qu'un modèle, celui où l'homme est LA variable d'ajustement à l'économie, alors autant se faire castrer/ligaturer les trompes, il n'y a pas de futur joyeux possible.

___

Bug non reproductible. Pour la cinquième fois. [:=]
Intolérance zéro.
Le Benjamin Malaussène de KI. [:)]

Grabuge Tripenfer

30/04 (15:07)

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Citoyen

Kraland

Domicile : Bottine

Arnold Schwartzenprout a écrit :

En résumé, le point de vue "sous-optimisation = absurdité", c'est une vision biaisée. Peu importe qu'elle soit prédominante macroéconomiquement, ce qui compte c'est de le voir pour soi, pas de coller à un modèle corrompu


En l'occurence non, pas peu importe.
Je suis content que tu gères tes sociétés comme tu l'entends mais c'est une vision ultra micro, et cela ne changera strictement rien au modèle macro-économique. C'est comme dire que tu peux lutter contre le réchauffement climatique en supprimant ta consommation personnelle.

Les SCOP n'ont pas changé le monde jusqu'à preuve du contraire.

[ce message a été édité par Grabuge Tripenfer le 30/04 à 15:09]

Rissolé

12/05 (12:45)

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Bourgmestre Secteur Restreint

Palladium

Domicile : Secteur Restreint

@Arnold
"C'est l'Etat qui a besoin de croissance"

Non, l'Etat qui emprunte à son peuple et ne vit pas au dessus de ses moyens n'en a pas besoin non plus [:D].
Soyons fou : imaginons un Etat qui n'a même pas besoin d'emprunter à son peuple car ce dernier est réactif pour participer à des projets commun d'envergure pour la satisfaction de l'intérêt général.

Exemple : dépolluer des plages suite à marée noire, construire des autoroutes.

Ceci est différent du bénévolat tel que pratiqué dans notre contexte actuel : ce bénévolat revient en fait à aider l'Etat à se maintenir en le suppléant gratuitement dans ses fonctions qu'il n'assume pas, pour le plus grand profit de la classe dominante qui peut rester au pouvoir, et distribuer des petits dons de temps en temps comme ça l'arrange. Et continuer à exploiter.

Ici, on parle d'un Etat qui agit dans l'intérêt général, dans une société idéale (pour moi), c'est à dire où chacun a l'intérêt général en ligne de mire, et où l'Etat organise des projets d'infrastructure via appel au peuple qui y répond.
Ce travail pourrait d'ailleurs faire l'objet de jour de "service citoyen" obligatoire, dans un monde où nous ne serions pas contraint de travailler autant. Ce qui est tout à fait possible, vu le taux de productivité et de sur-production actuelle.

Donc, non seulement l'Etat n'a pas besoin de croissance, mais en plus il peut faire sans, et même faire avec la décroissance.
Je pense que tu abonderas dans ce sens, c'était une simple précision.


Ceci dit, je reviens sur la question initiale : "la société française est-elle en phase de droitisation ?"

--> si on considère que la "droitisation" c'est l'absence de liberté : oui, indéniablement.
Mais si on considère que la "gauche" c'est aussi l'absence de liberté : oui aussi, indéniablement. Après tout, toutes les plus grandes trahisons sociales se sont faites sous des gouvernements de gauche, répression policière à l'appui.

Or ça tombe bien, car Macron est vu aussi bien comme un type à la solde de la "gauche" que de la "droite". C'est la fusion parfaite de ces deux impostures.
L'une se présentant comme la préservation de l'aristocratie bourgeoise entrepreneuriale vaguement auréolée de catholicisme et à ce titre présentée comme "conservatrice"... mais au final inféodée à la Finance,
L'autre se présentant comme une force "progressiste" défendant les intérêts d'une classe de bobo dont les plates-bornes sont plutôt la main-mise sur la sphère culturelle, vaguement auréolés de socialisme (le vrai, j'entends)... mais au final inféodés à la Finance. (on se souviendra tous des mots -entre autreS- Hollande à la City... "La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans au cours desquels nous avons libéralisé l'économie, ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n'y a rien à craindre" [:D])

Donc pour répondre à cette question initiale :
La société française est en phase de droitisation avancée depuis longtemps. Elle est juste en roue libre actuellement.
Il n'y a plus de "gauche" ... et celle-ci n'a toujours été qu'une imposture depuis l'après De Gaulle (sauf peut-être avec le petit aparté Georges Marchais)... lui même souvent utilisé par la "droite" comme figure de proue alors qu'il n'en avait pas grand chose en commun.

Loin de moi l'idée d'idolâtrer le personnage, contestable sur bien des sujets, cependant on peut se dire que sa volonté était d'abord de bosser pour la France et les français, avant de faire carpette devant la finance.
Il semble que désormais l'objectif prioritaire de nos "politiciens" est d'abord de faire carpette devant la finance pour trouver une place au chaud une fois leur mandat terminé.

C'est triste mais c'est ainsi.

Mais c'est aussi grâce à cela que le peuple s'investi en politique comme jamais, avec le mouvement des Gilets Jaunes, en cherchant à se réapproprier la question politique. La vraie ; c'est à dire la gestion du patrimoine commun. Dans l'intérêt général.

Gardons espoir. [:D]

[ce message a été édité par Rissolé le 12/05 à 12:49]

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